Mois septembre 2019

N’oubliez pas votre préservatif à mégabit lorsque l’amour frappe à la porte de vos pixels

Vous brûlez d’envie de savoir comment j’ai rencontré Rebecca ? C’est toute une histoire que je vais vous raconter avec plaisir, joie, émotion, enthousiasme, nostalgie, rires étouffés et grognements bourrus.
Nous nous sommes croisés pour la première fois sur le marché de la place Sagouin-Lagrange à Palonzeau. La matinée était très avancée et il ne restait plus que quelques melons un peu grisâtres sur l’étal du maraîcher. D’une main crochue, qui reflétait bien son caractère impérieux, celle que je ne connaissais pas encore sous le nom de Rebecca essayait de s’emparer d’un gros melon pas trop moche qui était justement celui que je guignais. D’un coup d’épaule, je lui fis perdre l’équilibre (à Rebecca) et escamotai le fruit dans mon cabas de shopping orné d’un bébé carlin. Il s’ensuivit une conversation animée – appelons ça un pugilat – à l’issue de laquelle Rebecca et moi, échangeâmes nos 06. Commencèrent alors les habituelles corvées du rituel de la séduction. Nous passâmes d’ardentes nuits ensemble, nous allâmes au cinéma, au théâtre, au concert, au club de poney, aux salons de cosplay folklorique… Un soir, sur la plage d’une île grecque, alors que le murmure des poulpes ondoyait à la surface des flots, je décidai de tenter ma chance. Je lui demandai si elle acceptait de devenir mon amie sur Visagelivre (le réseau social que vous connaissez tous). Après quelques secondes qui durèrent pour moi une éternité Rebecca murmura à mon oreille un « oui » humide et tendre. Et d’un doigt léger, elle valida ma demande. Ce fut un moment d’intense émotion. Il nous sembla que le soleil couchant avait suspendu sa course pour saluer notre union en sortant ses petits bras gantés de blanc et en les agitant de manière complice.
Souvent il m’arrive de faire un cauchemar où, pour une raison que j’ignore, les connexion mondiales sont coupées. Plus de téléphone, plus d’internet… Inutile de vous décrire mon désespoir. Rebecca et moi n’avons alors d’autre solution que de recommencer à coucher ensemble, à partager les mêmes repas, bref un insupportable retour vers la bestialité. Puis je me réveille, le visage en sueur. Je tâte le lit vide et froid à côté de moi. Ouf… Au creux de ma main le logo de l’application Visagelivre palpite à l’écran. Je fais apparaître le profil de Rebecca. « Rebecca, je t’aime » murmuré-je en un souffle chargé de la tiédeur apaisée qui réconforte l’amant lorsqu’il se sait connecté. ♦

Zglinicki Friedrich von (1895-1986), photographe, écrivain, illustrateur. Jagd auf Menschen de Nunzio Malasomma (Allemagne) (1926) – Carlo Aldini et une femme lui tenant la main à table. (C) Ministère de la Culture – Médiathèque de l’architecture et du patrimoine

Réchauffement climatique : le difficile problème des gaz à effet de pet

La filière bovine des élevages allaitants, qui représente à elle seule 6% des émissions de gaz à effet de serre agricoles en France a lancé en 2015 le programme « Ferme laitière bas carbone » pour réduire les émissions de 20% d’ici à 2025. Saluons ici cette belle initiative qui promeuh l’efficacité thermique des bâtiments, l’introduction de cultures plus résistantes, l’adoption de biocides anti-mouches écocompatibles, la valorisation des fumiers ou encore le développement des prairies et l’implantation de haies pour absorber le Co2. Quant à la question, très débattue, des gaz de fermentation entérique (issus de la rumination), les études concluent, sans surprise, à la nécessité de ne rien entreprendre de prématuré et à laisser le temps à la recherche agronomique et vétérinaire de valider leurs résultats sur le long terme. Ce qui constitue, ne nous le cachons pas, une bonne nouvelle pour les cheptels. Malgré ces mesures positives, il nous faut hélas constater — avec, sur la langue, le goût de l’amertume — que ces adaptations ne remettent pas en cause le modèle d’élevage industriel productiviste, et à tout prendre, totalitaire dénoncé depuis des décennies. Madame Sophie Legendre, secrétaire générale de notre syndicat a vigoureusement réaffirmé ces points à la tribune du 30e Salon International des entreprises agricoles laitières où, symboliquement, elle a rendu sa décoration de meilleure vache laitière 2018. La salle lui a fait une ovation de sabots. ♦

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Ha ha, des barres, ton orage pour le fun, gros

« Non mais, oh, dis, tu déconnes ?
— Non, je ne déconne pas.
— Hé, non, tu déconnes, là.
— Je te dis que je ne déconne pas.
— Tu déconnes pas ?
— Non.
— Arrêtes, tu déconnes…
— Non !
— Mais si, tu déconnes.
— Je ne déconne absolument pas.
— Oh, hé…
— Je te jure.
— Non, non, tu déconnes.
— Pas du tout.
— Mais si.
— Mais non.
— Ha, ha, tu déconnes grave !
— Je ne déconnes pas une seule seconde.
— Oui, mais en fait tu déconnes.
— Si je déconnais, je le dirais !
— Allez arrête…
—”Arrête” quoi ?
— Non, arrête de déconner, sérieux.
— Je te dis que je suis à dix mille années lumière de déconner.
— Et tu continues, en plus…
— Ce n’est pas mon genre.
— Mais alors pourquoi tu déconnes comme ça ?
— Parce que tu as l’impression que je déconne ?
— À fond, vieux.
— Eh bien c’est faux !
— Ahh, tu déconnes grave, arrête.
— Comment veux-tu que j’arrête quelque chose que je ne fais pas !
— Ha, ha, tu déconnes complètement !
— Cesse de te foutre de ma gueule !
— Ho, te fâche pas…
— Mgrnf…
— … je disais juste ça pour déconner. »
Ce furent les dernières paroles de mon ami Jacques de Pulco ce jour-là. Un éclair d’orage, surgi du petit nuage d’exaspération qui flottait à quelques centimètres au dessus de de ma tête, venait de le terrasser.♦

Paul Serrurier

Né dans une famille aisée dont les vêtements ne serraient pas, Paul Serrurier est un jeune homme ouvert, à l’esprit fermé à toute envie de nuire. Doté de solides notions en élevage, doué pour la réalisation de pages manuscrites sans ratures et pour le divertissement musical des ivrognes neurasthéniques, il choisit de se consacrer à la description du monde qui nous entoure. Il dessine ainsi de remarquables sanguines dans la veine naturaliste, mais sa rencontre avec Gaston Profit à Pont-la-Chance lui fait découvrir l’horlogerie chantante. De retour à Paris, il célèbre cette nouvelle passion en organisant une fondue géante avec quelques camarades du mouvement artistique les Immobiles. Féru de théorie et d’ésotérisme médiéval, il est séduit à partir du lundi 16 septembre1895 par les idées comico-mystiques de l’abbé Odilius Druckkfeder. De plus en plus isolé, il quitte la capitale pour s’installer sur l’île de Vielmaison-du-Laou. Il réside dans une ancienne tour Chappe depuis laquelle il envoie des signaux que seules quelques mouettes oisives semblent remarquer. Il n’en sort que pour cultiver son potager bien-aimé et traire ses chèvres. Sa famille et ses amis veillent sur lui à la longue-vue. Il meurt très âgé le 13 juin de l’année suivant sa dernière récolte de rhubarbe. ♦

Ateliers d’artistes. Tome 3 – 1880-1910 – Photographe : Bénard, Edmond (1838-1907) Bibliothèque de l’Institut National d’Histoire de l’Art, collections Jacques Doucet

Ne vous cognez pas dans la porte qui reflète votre transparence

Tandis que nous buvons tranquillement nos portos du soir, je soumets mon ami Kader Lissou à un petit jeu de devinettes :
« Qu’est-ce qu’on utilise pour porter un bébé ? lui demandé-je.
– Un porte-bébé.
– Et des avions ?
– Un porte-avions.
– Et une porte ? »
Kader hésite un peu puis me dit d’une voix mal assurée :
« Un porte-porte ?
– Oui, très bien. Et comment appelle-t-on le support qu’on utilise pour ranger cet objet ? »
Il hésite encore plus longtemps, et finit par proposer :
« Un porte-porte-porte ?
– Oui, m’exclamai-je joyeusement. Et si je place ce porte-porte-porte entre ces deux miroirs parallèles, que vois-tu Kader ?
– Un porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte… ça commence à devenir de plus en plus éloigné cette affaire…..-porteporte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte– porte-porte-porte-porteporte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte -porte -porte…
– Hé, ho, Kader, reviens ! »
Mon ami s’agite dans le lointain du miroir sans me voir. J’avise un porte-voix accroché au mur. Je saisis la voix et hurle vers Kader. Cette fois il m’a entendu. Je lui fais signe de prendre la porte de secours du miroir. Mais lorsqu’il la touche celle-ci crie « À l’aide ! » La situation, je l’avoue, devient très confuse. Je vois Kader, puis Kader-Kader-Kader-Kader ou Ka-ka-der-der-Ka-ka-Der-der- avancer, reculer, apparaître, disparaître, se refléter par morceaux dans les miroirs, à l’endroit à l’envers, sans tête avec un gros ventre ou filiforme et un long nez dégoulinant. La porte de secours continue de glapir. Elle me fait sortir de mes gonds, je l’avoue. Mû par la colère, j’arrache un tire-porte et fait feu sur la fichue porte. Je vois sa serrure qui grimace de douleur. Elle s’effondre sur le sol et Kader peut alors lui marcher dessus et s’échapper du miroir. Il vient me rejoindre, tout essoufflé.
« T’inquiète, dit en clignant de l’œil, je me porte bien. Tu vas voir.»
Et d’un geste preste, il se ramasse. ♦

2 perroquets s’admirant dans un miroir : [photographie de presse] / Acmé https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90499558/f1.item