Mois octobre 2019

Un jeune, ça a besoin de temps pour se construire

Les ruines d'une église gothique se détachent sur le ciel.

Les 19 et 20 octobre, enfants et parents sont attendus dans 49 monuments de France. Succès auprès des familles depuis vingt ans, l’opération « Monument, jeu d’enfant » permet à nos petits contemporains de découvrir l’histoire de France de façon originale. Leur sont ainsi proposés des jeux de piste, des lectures, des visites costumées et d’intéressants ateliers centrés sur le thème des métiers de la pierre (carrier, artificier, scieur, débiteur), qui leur permettent, selon leur âge et leurs envies (mais aussi, bien sûr, des ressources de chaque site) de démonter qui une tour de château, qui un pan d’église, qui une arche de pont et de se familiariser, ainsi, avec le Patrimoine. De quoi redonner, assurément, un sacré coup de jeune à nos chères « vieilles pierres ». ♦

“Ruined Archway”by heyitsgarrett is licensed under CC BY-NC-SA 2.0

Peut-on contacter ses amis avec un chiffon ?

Dessin : une femme avec un chignon se mouche dans un mouchoir en tissu blanc. Œuvre conservée au Rijksmuseum.

Le téléphone pliable, tout récemment commercialisé par une célèbre marque sud-coréenne, accepte-t-il le passage en machine ? Comment fait-on pour le repasser ? Et pour y mettre un ourlet ? Peut-on y coudre une fermeture Éclair ? Autant de sujets importants que le fabricant devra traiter sans tarder. Des rumeurs insistantes affirment également que ce téléphone n’est pas en tissu. Le fabricant peut-il confirmer que l’appareil est bien en tissu ? Ce qui d’ailleurs semble évident. En quoi serait-il fait, ce téléphone, s’il n’était pas en tissu ? En jambon, peut-être ? Ha, ha ! ♦

Kop van een vrouw met een zakdoek tegen haar neus, Julie de Graag, c. 1894 – Rijksmuseum – http://hdl.handle.net/10934/RM0001.COLLECT.559965

Libérez-vous de tout GPS

Une prison labyrinthique italienne et imaginaire, dessinée par Piranese,  où il n'est pas rare que des détenus (eux aussi Italiens et imaginaires) se perdent pour toujours.

Un détenu d’une trentaine d’années s’est perdu dans sa cellule de la maison d’arrêt de Besançelles (Doubs). L’homme, qui manquait à l’appel depuis deux jours, a été retrouvé par une brigade cynophile de l’administration pénitentiaire. Il a expliqué qu’il avait tourné « un poil trop à droite après le lavabo » pour regagner son lit, empruntant ainsi par inadvertance un chemin qu’il connaissait mal. ♦

Giovanni Battista Piranesi, Le Carceri d’Invenzione (1745-1750) [Public domain], via Wikimedia Commons

Attention aux problèmes d’égo dans les devis estimatifs

Je vous tiens en haute estime, c’est un fait. Mais ne surestimez pas l’estime que je vous porte ou je serai obligé de sous-estimer l’estime que vous me portez afin de rétablir un juste équilibre dans notre relation (d’estime). Si vous conservez mon estime, il sera normal que je conserve la vôtre, mais si je vous retire l’estime que je vous porte et que vous me laissez la vôtre, devrais-je la garder ? Une solution serait, peut-être, que vous décidiez de vous surestimer, m’obligeant, de ce fait, à vous sous-estimer – ou bien à me surestimer – dans des proportions égales. Mais attention, cependant. Ne perdez pas votre estime, ou la mienne. Ça nous mettrait, je vous l’assure, dans une position difficile. La recherche d’estime, vous savez, est une activité éreintante. ♦

“20160114-Gouden_Medaille_AOO_Cozijnsen_Wezep-2988”by Phoenix OOCL is licensed under CC BY-NC-SA 2.0

Ne te laisse pas dévorer par la passion de la zoologie

Un gros pélican avale un minuscule poisson sous l’œil (jaloux?) d'une mouette.

Nous étions carrément bien installés, à notre aise, sur la pelouse encore verte du parc public Anouar El Turgot. On était dimanche et autour de nous des petits groupes assis dans l’herbe – familles, bandes de potes, couples – profitaient de ces belles heures d’automne ensoleillées. C’est Jovial, le premier, qui repéra les mouettes.
« Regardez là-haut ! s’écria-t-il. Elles tournent en rond comme des cerfs-volants aux ventres blancs. »
Que faisaient ces animaux en région parisienne ? Le Hurepoix, mon autre camarade, nous expliqua qu’elles venaient passer l’hiver ici et qu’après elles retournaient chez elles, généralement en Europe de l’est.
« Elles s’appuient sur le vent pour planer. Quel magnifique spectacle ! s’émerveilla Jovial, toujours sensible à la poésie de la nature.
— Ça donne envie d’avoir des ailes et de voyager très loin, ajouta Le Hurepoix.
— J’adore aussi la forme de leur corps, murmurai-je en suivant des yeux les trajectoires des oiseaux blancs. Elles sont aérodynamiques comme de soyeux avions à réaction ».
Tous les trois nous continuâmes à observer en silence la ronde aérienne de la petite brigade de mouettes. Des bouffées de vent tiède transportaient jusqu’à nous les mélodies de musique pop en provenance du manège des enfants. Celles-ci venaient se mêler au rap nasillard diffusé par le portable d’une jeune fille assise pas loin de nous. Nous aimions vraiment l’ambiance de cet après-midi d’« été indien ». De nouveau la voix de Jovial se fit entendre.
« Hé ! Maintenant, elles volent beaucoup plus bas. Elles ont dû repérer un truc à manger. Un sandwich abandonné ou du pop-corn…»
Les mouettes avaient en effet réduit leur altitude de vol. On pouvait désormais voir nettement leurs becs rouges et les petites taches de plumage hivernal sur leur tête. Soudain, tout trembla autour de nous. Je me retrouvai brutalement projeté en arrière, la tête face au ciel, à moitié aveuglé par les rayons du soleil. Quand je réussis enfn à me redresser, j’aperçus la forme blanche d’une mouette qui s’éloignait. Un rapide coup d’œil autour de moi me laissa terrifié. Jovial et Le Hurepoix avaient disparu. J’étais seul dans l’aquarium. ♦

“Clontarf Pelican catches a fish-1=”by Sheba_Also 43,000 photos is licensed under CC BY-SA 2.0

Cessez de chercher midi à quatorze heures ou même à dix-neuf

Il va falloir maintenant que j’éclaircisse sérieusement les choses. Je vous écoute depuis des mois et je vous entends dire, et par ci, et par là, et sans cesse, des trucs comme « le travail de Robert autour de la figure du phoque transi », « les recherches de Gérard autour des problématiques de coton-tiges », « les créations de Véro autour du concept de franges collées »… Inutile de multiplier les exemples, vous aurez compris. À force de s’agiter autour des choses, on se demande bien quand tous ces gens vont se mettre – enfin – à attaquer le cœur du sujet. Foncez, les gars et les filles, nom de Dieuh. Cessez de tourner autour du pot de confiture comme les guêpes neurasthéniques et exténuées qu’on voit chanceler au pied des vitres à la fin de l’été. Engloutissez incontinent le contenu du pot et cassez-vous faire la teuf avec les potes. Ne venez pas me provoquer, en plus, en me parlant de votre « rapport à » (l’altérité, la laine de criquet, la notion de rémanence dans l’œuvre poétique de Jacques Gonesse pendant l’Occupation, et tutti quanti ). Je risquerais, si vous persistiez, à ne pas écouter vos piaillements d’effroi et à balancer, illico, dans l’escalier central du musée où vous m’avez entraîné, l’un des aquariums de formol qui contient les « hérisson en rondelles » de l’artiste Fabien Hurbst. Et estimez-vous heureux que je ne vous force pas à en manger un gros bout. ♦

Copyright Adrian Cable sous licence Creative Commons