Mois novembre 2019

L’élu de ton cœur n’est pas souvent celui des urnes

Mes chers concitoyen.nes, vous avez connu comme moi les immenses difficultés qui ont marqué les précédentes élections municipales. La complexité des procédures de vote, leur opacité et de nombreux soupçons de fraude ont retardé de plus de six mois la proclamation des résultats définitifs. Je ne veux pas que de pareils faits se reproduisent. Ils contribuent à instiller dans notre communauté les ferments du chaos, de la méfiance et de la division (même pas départementale, si je puis risquer une pointe d’humour liée au foot). Aussi ai-je décidé en accord avec le Préfet et le ministère de l’Intérieur de modifier sensiblement la procédure de vote pour les élections de mars prochain. Vous verrez bientôt fleurir dans vos quartiers des affiches portant le slogan « 1 vote = 1 urne ». C’est le mot d’ordre du nouveau mode de scrutin que je souhaite nous voir adopter.

Chacun d’entre-vous, librement, à domicile, tranquillement, dans la calme ambiance du foyer, en mules, en chaussons, en claquettes (avec ou sans chaussettes) ou bien pieds nus, placera le bulletin de son candidat favori dans une urne nominative. Si vous vous appelez Léandre Pâlichuon, votre urne portera la mention « Léandre Pâlichuon ». Si vous vous appelez Tadjina Poivret, votre urne portera la mention « Tadjina Poivret ». Vous comprenez l’idée ? Et toutes ces urnes (qui n’auront rien de funéraire, rassurez-vous !), seront fabriquées sous le contrôle exclusif de la Ville dans des conditions de sécurité maximum, sans aucune possibilité d’y installer un dispositif de trucage. Et elles seront costaudes ! Imaginez de robustes caissons blindés, à quatre parois défensives bourrées de matière ignifuge et de matériaux anti-effraction. Ces superboîtes seront équipées, en face supérieure , d’une fine ouverture à clapet qui se verrouillera aussitôt le bulletin inséré. Au soir du scrutin, les camions des services techniques de la Ville collecteront les urnes pour les déposer dans un hangar de la zone d’activité des Haudais où aura lieu le dépouillement (celui des bulletins et non des contribuables, rassurez-vous !). Grâce à l’ensemble de ces procédures de sécurité sans précédent, vous serez à même, chèr.es concitoyen.nes de me renouveler votre confiance en toute… confiance. Bien à vous. Cordialement.

p.s. : Il avait été envisagé un moment, comme certains d’entre-vous l’on peut-être entendu dire, que chaque votant s’enfermât dans une urne avant d’être transporté au hangar de dépouillement pour y exprimer son vote. Ce projet novateur, initié par mon premier adjoint Jean-Bichou Laquécouette, a été malheureusement abandonné pour des raisons financières, mais je tiens ici à saluer l’implication de cet élu et de son équipe dans la grande réflexion que nous avons menée ensemble sur la nécessaire réforme de notre scrutin. J’informe aussi mes futur.es électeur.ices qu’ils pourront bénéficier, suite à ma réélection et pendant la durée de mon mandat, de réductions tarifaires substantielles et de nombreuses gratuités dans les services municipaux et chez les commerçants partenaires.

“Opportuniste” de Sylke Ibach est sous licence CC BY-NC 2.0

Une heure plus tard, soixante minutes s’étaient écoulées

Quartz Crystal (grey can central), exciter and oscillator amplifier providing the master frequency for the whole clock.

 Quartz clock built by the General Post Office Engineering Research Station, about 1944

La Suisse est un petit pays diablement étonnant. Depuis des siècles, la patrie des Helvètes est réputée pour la qualité de son industrie horlogère. Loin cependant de sommeiller dans cette confortable tradition, les fabricants du secteur n’en continuent pas moins d’innover avec audace. On se souvient de la révolution des montres Pwatch, ces délicieux objets design en silicone, pas chers du tout, dont les couleurs pimpantes ont inondé la planète dans les années 1980. Il est bien possible que ce destin soit celui aussi de la PreClock, un produit dévoilé lors du dernier Salon International de la Haute Horlogerie à Genève. Mise au point par le laboratoire de recherche et développement de la marque Pietro Ferrand, la PreClock est une horloge de précision qui indique l’heure à venir dans un laps de temps donné. À 15h30, par exemple, l’appareil signale à l’utilisateur qu’il sera 16h00 dans exactement 30 minutes. Parions que cet outil deviendra, dans un proche avenir, l’assistant indispensable de celles et ceux — et ils sont nombreux — qui, dans leur travail et leurs loisirs, planifient leurs activités pour ne jamais se laisser rattraper par le temps  ⬪

Horloge à quartz, General Post Office Engineering Research Station, vers 1944 – photo : Richard Ash – https://www.flickr.com/photos/30661871@N03/40150783033

Ne chantez pas vos cantiques comme des machines

Machine arithmétique de Grillet, 1678, Musée des Arts et Métiers, rue Réaumur à Paris

Lorsque Rémy Pécoret nous dévoila son ordinateur quantique, nous ne pûmes réprimer, les uns et les autres, un haussement de sourcil dubitatif (tout en reconnaissant volontiers que l’appareil ne manquait pas d’un certain charme).

Machine arithmétique de Grillet, 1678, Musée des Arts et Métiers, rue Réaumur à Paris -CC by 2.0 – https://www.flickr.com/photos/zigazou76/36855785584/in/photostream/

Si je m’habille en maître-nageur, me laisserez-vous travailler dans votre aciérie ?

Sur le marché de Dubaï, de joyeux poissonniers

Mon nouveau voisin, Pivul Legranière, est un garçon étrange et… inquiétant. Si vous le croisez un matin devant son portail vêtu d’une combinaison de travail et d’un masque anti-poussière, il vous expliquera que « les gars » et lui avancent plutôt bien sur le chantier d’isolation des combles. L’après-midi même, il est tout à fait possible que vous le voyiez équipé d’un harnais anti-chute et d’un casque forestier à visière grillagée.   « On a presque fini les marronniers. Après l’équipe et moi, on attaque les tilleuls de l’allée », vous dira-t-il de ce ton placide et enjoué qui distingue les professionnels qui aiment leur métier. Hier, je l’ai rencontré en sortant mes poubelles. Il portait un tee-shirt, une salopette blanche et un bob aux couleurs d’une marque de pastis. Je n’ai pas été surpris de l’entendre dire que certaines finitions d’enduit étaient mauvaises et allaient obliger « les collègues » et lui à prolonger le chantier d’une semaine. Quelques jours plus tard, n’y tenant plus, je lui ai franchement posé la question qui me brûlait les lèvres.
« Dites-moi Pivul, je vous ai un peu observé ces dernières semaines. J’espère que vous ne vous en offusquerez pas.
— Nullement, cher ami, c’est bien normal, nous sommes voisins.
— Je voulais savoir pourquoi vous vous déguisiez toujours en habits professionnels quand des entreprises venaient faire des travaux chez vous ?
— Eh bien… euh… oui. Comment dire… J’aime l’atmosphère des chantiers, la fièvre de ces moments où on intervient, on installe, on répare. C’est ma faiblesse, mon jardin secret. Peut-être même un forme de pathologie…
— Rassurez-vous, Pivul. Il n’y a rien de condamnable là-dedans. On ne peut vous reprocher une passion aussi innocente. Combien de professions avez-vous déjà interprétées ?
— Environ une vingtaine. Un beau palmarès, n’est-ce pas ? Mais il y en a une que je n’ai pas encore exercée et qui me tenterait beaucoup. Il me faudrait juste trouver l’occasion.
— Ah ? Quelle profession ? »
Pivul a tourné son regard vers la façade de ma maison et a répondu d’une voix sourde : « pompier ». Un long frisson polaire a envahi ma colonne vertébrale. Mon voisin est demeuré silencieux quelques secondes, puis il est retourné chez lui, à petits pas rapides, après avoir marmonné un « bonne journée » furtif. Depuis, je vis dans l’angoisse. J’entends déjà la voix de Vipul expliquer aux badauds et aux journalistes que « les occupants sont morts asphyxiés », mais que malgré tout « les gars avancent bien sur le sinistre ».♦

Sur le marché aux poissons de Dubaï – CC0 Domaine public – https://lccn.loc.gov/2017697570