Le Club d'AppAs — Un cercle fermé ouvert aux foules rieuses

Étiquette Connor Chambernault

En mode mode

Bonjour, j’ai une tête de poisson triste (et plat), j’ai des cernes sous les yeux, mon teint est pâle, plutôt grisâtre et mes tâches de rousseur accentuent, par contraste, la luminescence de navet de mon épiderme. De longues mèches semi-rigides, proches de la fourrure de chat, montent depuis mon crâne pour former un oasis capillaire tout à la fois anarchique et chic. Si je prend la parole aujourd’hui, devant vous, c’est que je souhaite – et qui ne le souhaiterait pas ? – devenir mannequin vedette dans une maison de couture japonaise, italienne ou française ou les trois à la fois, c’est-à-dire nippo-italo-française ou italo-nippo-française ou franco-italo-nippone et bien d’autre combinaisons possibles encore. Qu’en pensez-vous ? Je vous garantis que je ne souris jamais, sauf, parfois, une crispation nerveuse (heureusement passagère) lorsque je reçois une appréciation flatteuse – autant imméritée qu’insincère. Non pas d’inquiétude. Et si vous ne donnez pas suite à ma candidature – bien que je m’appelle Connor Chambernault et que je sois recommandé par par une amie très proche de mes parents – je ne suis pas menacé par le chômage, l’impécuniosité et la relégation sociale. Je vis à Paris, l’une des villes les plus chères au monde, dans un 3 pièces (soit un F3) que ma grand-tante, qui possède l’immeuble, m’a prêté (quelle vieille connasse, celle-là). Vous aimez mon style vestimentaire ? Pas mal, hein (ou « heinheinhein » comme font les chevaux que possède mon père et avec lesquels je partage le goût pour les crinières anglo-aristocratiques)… euh que disais-je ? Ah oui. Pas mal ma veste en laine prince-de-galles, style un peu Harry Potter (toute mon enfance), n’est-ce pas ? Et ma cravate étroite bleu marine à large rayures jaune curry, ça renforce le côté anglais, je trouve. Je veux parler du côté famélique et pluvieux de mon apparence. Le pantalon de pyjama surdimensionné en jersey de pur coton à carreaux écossais que je porte n’est pas un pyjama. Enfin si… Mais pas tout à fait quand même. C’est une création du créateur japonais Eduardo Mendès. Et mes baskets Burke, limited edition by Roitelet, vous kiffez ? Je… pardon ? Quoi ? Je viens de vous sourire franchement et sans détours ??! Oubliant, pendant quelques secondes – mais quelques secondes quand même – ma constante vigilance à l’égard de mon apparence extérieure ? Aïe. J’ai fait la grosse boulette. Je suppose que l’entretien est terminé et que vous allez me conseiller, si je veux devenir mannequin vedette, d’aller frapper à un autre open-space. Ah, une dernière chose, avant que vous ne me confirmiez une fin de non recevoir. J’ai omis de vous indiquer que mon grand-père (un sale plouc facho de Bretagne ou d’Auvergne, je sais plus, je confonds) était actionnaire majoritaire de la maison dont vous êtes, apparemment, le salarié. Allez, arrêtez de vous casser le trou. Je suis embauché, vrai ? Et si pour mon premier défilé je me recoiffais comme Dave Hill le guitariste de Slade (vous devez connaître c’est un groupe de glam rock anglais des années 1970 ? Ça le ferait non ? ♦

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