Le Club d'AppAs — Un cercle fermé ouvert aux foules rieuses

Étiquette étrange

Ne vous cognez pas dans la porte qui reflète votre transparence

Tandis que nous buvons tranquillement nos portos du soir, je soumets mon ami Kader Lissou à un petit jeu de devinettes :
« Qu’est-ce qu’on utilise pour porter un bébé ? lui demandé-je.
– Un porte-bébé.
– Et des avions ?
– Un porte-avions.
– Et une porte ? »
Kader hésite un peu puis me dit d’une voix mal assurée :
« Un porte-porte ?
– Oui, très bien. Et comment appelle-t-on le support qu’on utilise pour ranger cet objet ? »
Il hésite encore plus longtemps, et finit par proposer :
« Un porte-porte-porte ?
– Oui, m’exclamai-je joyeusement. Et si je place ce porte-porte-porte entre ces deux miroirs parallèles, que vois-tu Kader ?
– Un porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte… ça commence à devenir de plus en plus éloigné cette affaire…..-porteporte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte– porte-porte-porte-porteporte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte-porte -porte -porte…
– Hé, ho, Kader, reviens ! »
Mon ami s’agite dans le lointain du miroir sans me voir. J’avise un porte-voix accroché au mur. Je saisis la voix et hurle vers Kader. Cette fois il m’a entendu. Je lui fais signe de prendre la porte de secours du miroir. Mais lorsqu’il la touche celle-ci crie « À l’aide ! » La situation, je l’avoue, devient très confuse. Je vois Kader, puis Kader-Kader-Kader-Kader ou Ka-ka-der-der-Ka-ka-Der-der- avancer, reculer, apparaître, disparaître, se refléter par morceaux dans les miroirs, à l’endroit à l’envers, sans tête avec un gros ventre ou filiforme et un long nez dégoulinant. La porte de secours continue de glapir. Elle me fait sortir de mes gonds, je l’avoue. Mû par la colère, j’arrache un tire-porte et fait feu sur la fichue porte. Je vois sa serrure qui grimace de douleur. Elle s’effondre sur le sol et Kader peut alors lui marcher dessus et s’échapper du miroir. Il vient me rejoindre, tout essoufflé.
« T’inquiète, dit en clignant de l’œil, je me porte bien. Tu vas voir.»
Et d’un geste preste, il se ramasse. ♦

2 perroquets s’admirant dans un miroir : [photographie de presse] / Acmé https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90499558/f1.item

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